Tiers-Lieux, acteurs de la réinsertion professionnelle

Une table ronde sur la thématique “Tiers-Lieux et retour à l’emploi”, organisée par la DGEFP et France Tiers-Lieux, a rassemblé quelque 250 personnes mercredi 25 novembre en visio, autour des témoignages de tiers-lieux engagés dans l’insertion professionnelle.

Mieux faire connaître l’action des tiers-lieux en matière d’emploi pour plus de soutien de l’administration publique. C’était l’objectif de la table ronde organisée par la DGEFP et France Tiers-Lieux, qui s’est tenue en ligne le 25 novembre. Quatre acteurs des tiers-lieux ont pu partager leurs expériences en la matière et tous se sont retrouvés autour d’un constat : la nécessité de travailler le maillage territorial et les relations aux collectivités et acteurs publics locaux en amont de toute action. 

Lucile Aigron, de La Coopérative des Tiers-Lieux (Nouvelle-Aquitaine), en a témoigné : “nous avons travaillé pendant 10 ans pour faire exister les tiers-lieux qui proposent des approches alternatives. Forts de cette coopération territoriale, nous avons pu créer des partenariats dans le cadre de notre action d’insertion.” Organisme de formation, la Coopérative des Tiers-Lieux travaille auprès d’un public en transition professionnelle comme personnelle. “Demain nous aurons d’autant plus de personnes en perte d’emploi, mais aussi en quête de sens, détaille Lucile Aigron. Nous avons également de plus en plus de slasheurs qui viennent se former auprès de nous.” Pour répondre aux besoins, la Coopérative a mis en place un consortium d’une quinzaine de tiers-lieux, accompagnés de coworkers, afin de mettre au point une offre de formation adaptée aux besoins du territoire. La Coopérative porte une expérimentation avec le Pôle Emploi sur la remobilisation des demandeurs d’emploi à travers la reprise de confiance en soi en tiers-lieu. 

Le tiers-lieu, acteur du rétablissement du lien social, indispensable au retour à l’emploi

Ce travail sur la confiance des personnes éloignées de l’emploi passe notamment par le rétablissement du lien social. Lien social qui est pour 40% dans la réussite de quelque dispositif d’accompagnement à l’emploi que ce soit, selon Laurent Duclos, de la DGEFP. Et c’est là toute la force des tiers-lieux. En témoigne William Dufourcq, sur l’expérience des Grands Voisins à Paris : “ Ce projet a été construit à la base autour de l’hébergement d’urgence. Mais très vite nous avons décidé de nous adresser à 2 autres publics : les professionnels (coworkers…) et le public extérieur grâce aux restaurants, cafés et ateliers qui étaient installés aux Grands Voisins.” Un mélange des publics qui est au cœur de la stratégie de retour à l’emploi. 

A ce titre, le tiers-lieu est lui-même l’outil de remobilisation dans l’emploi. Car cette mixité, l’environnement partagé et l’expérimentation de plusieurs activités permettent la reprise de confiance des personnes éloignées de l’emploi. “Le tiers-lieu crée un contexte dans lequel le lien social prime, explique Philippe Chemla, de Tetris. Le rétablissement de ce lien social et l’apprentissage du savoir-être en situation de travail peut passer également par la PMSMP (période de mise en situation en milieu professionnel) ou l’AFEST (action de formation en situation de travail). Ces dispositifs doivent être prescrits par des structures accompagnantes et sont destinés à tous types de publics. Ils font l’objet de conventions tripartites entre l’organisme prescripteur, la structure d’accueil et le bénéficiaire. Les organismes prescripteurs sont le Pôle Emploi, les missions locales ou CAPEmploi. Pour les structures d’insertion par l’activité économique, comme les tiers-lieux, mieux vaut nouer des partenariats avec des souscripteurs afin d’éviter la lourdeur administrative de la convention de délégation selon Laurent Duclos. “Premiers pas vers l’entreprise, la PMSMP et l’AFEST sont une alternative aux processus de recrutement classiques, dont certaines personnes sont exclues faute d’indices d’employabilité sur le traditionnel CV.” Une approche par le faire très appropriée à l’environnement des tiers-lieux. 

La mobilisation des collectivités locales au coeur de la coopération territoriale

Aux Grands Voisins, l’action d’inclusion a été financée par la Mairie de Paris à travers le dispositif “Premières heures”, qui constitue la première étape du retour à l’emploi, avant même le chantier d’insertion. Ce dispositif est financé aux ⅔ par les départements, le dernier tiers restant à la charge du lieu d’accueil. Le soutien des collectivités locales est primordial, et elles sont aussi parfois à la source des projets, comme la communauté de communes de Grasse. “C’est un territoire labellisé French Impact, habitué à travailler en coopération, explique Philippe Chemla, du tiers-lieu Tetris. Ça facilite beaucoup la mobilisation des acteurs de l’emploi comme le Pôle Emploi ou le PLIE. En tant que tiers-lieu, nous intervenons en tant qu’opérateur, en mettant nos ressources à contribution. C’est un contexte où les liens sociaux sont prioritaires dans la réinsertion.”

Le Wip, en partenariat avec Le Dôme, a également travaillé sur la question du décloisonnement des publics, en répondant à un appel d’offres de la Fondation de France. “Nous avons mené des ateliers de fabrication mêlant personnes éloignées de l’emploi et salariés, explique Ophélie Deyrolle. Nous nous sommes rendu compte que nous ne sommes pas des travailleurs sociaux, d’où la nécessité de conclure des partenariats avec des professionnels.” Le Wip travaille donc avec la mission locale de Colombelles (14), l’Ecole de la 2e chance et l’association des amis de Jean Bosco, avec lesquels il sont créé le consortium Territoire Partagé. Situé en QPV, le consortium fait un premier repérage sur le terrain dans les quartiers, avant de co-construire avec les personnes identifiées les actions dans lesquelles elles ont envie de s’investir, afin de définir avec eux un parcours apprenant. 

Alors comment mobiliser les tiers-lieux pour apporter des réponses complémentaires à celles des acteurs de l’emploi ? Le Moulin Digital apporte des solutions aux tiers-lieux de la Drôme qui ont envie de s’investir sur les questions d’accompagnement vers l’emploi. C’est notamment grâce aux financements FSE, couplés à ceux du département de la Drôme, de la DIRECCTE et de Pôle Emploi que Le Moulin Digital s’est positionné comme employeur d’animateurs pour les tiers-lieux du réseau et finance ainsi les ressources humaines pour une vingtaine de lieux dans le département.“Grâce à la coopération territoriale, nous avons pu développer une méthode en 3 temps : rechercher des financements auprès du FSE, de Pôle Emploi, de la Direccte ou du conseil départemental de la Drôme, détaille Jean-Claude Blachier. Ensuite nous lançons des appels à projets auprès des Tiers-Lieux de la Drôme puis nous sélectionnons environ 10 projets tous les 2 ans que nous accompagnons.” Un projet qui affiche un taux de retour à l’emploi de 80%

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