Les communs numériques des tiers-lieux

L’atelier “Les communs numériques des Tiers-Lieux”, le 10 décembre dernier, a rassemblé une soixantaine de personnes venues de toute la France, en particulier des porteurs de projet et des collectivités intéressées par les tiers-lieux. L’occasion de mieux comprendre pourquoi le développement des tiers-lieux est indissociable du développement de ressources ouvertes et de communs numériques.

Les fablabs, en tant qu’espaces de découverte et de pratique des outils numériques et des logiciels libres, ou encore le mouvement des « tiers-lieux libres et open source » (TiLiOS), sont les témoins incontestables de ces liens entre communs numériques et tiers-lieux. Pour fonctionner, les tiers-lieux mobilisent ces outils et plateformes libres, open-source et coopératives. Ils les mobilisent mais ils en sont aussi des contributeurs actifs, participant directement à leur construction et à leur développement : patrimoine informationnel commun (Movilab, HedgeDoc…) ; outils de gestion et d’animation (DOKOS, HUBL…) ; ressources pédagogiques ouvertes (cahier d’activité des tiers-lieux)… 

C’est pour donner à voir cette infrastructure libre et open source sur laquelle s’appuient les tiers-lieux que France Tiers-Lieux a organisé cet atelier.

Les communs numériques 

En introduction Caroline Corbal, chargée de mission au sein du Programme Société Numérique de l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, a présenté Numérique en Commun(s) 2020 (NEC 2020), lancé le 17 novembre 2020 puis s’est essayée à l’exercice difficile de définition des communs. 

“Dans le cadre de Numérique en Commun(s) nous définissons les communs comme une ressource produite et/ou entretenue collectivement par une communauté d’acteurs hétérogène, et gouvernée démocratiquement selon des règles qui lui assurent son caractère collectif et partagé. Le commun est dit numérique lorsque la ressource est dématérialisée : logiciel, base de données, contenu numérique (texte, image, vidéo et/ou son), etc.”

Les interactions entre tiers-lieux et communs numériques au quotidien 

Au sein des deux tiers-lieux de l’association PiNG à Nantes, la grande majorité des outils utilisés sont libres et open source : systèmes d’exploitation des ordinateurs ; logiciels ; outils de documentation, gestion de mails, sondage en ligne, agenda… Les communs numériques constituent les supports du travail quotidien au sein de ces tiers-lieux. Mais au-delà de la liste des outils libres qu’utilise PiNG, Maëlle Vimont insiste avant tout sur le rôle essentiel que joue les tiers-lieux dans la diffusion de la culture libre, en offrant un espace de découverte, d’exploration, de formation entre pairs et de pratiques des outils numériques libres et open source. Si les tiers-lieux sont portés par des communautés, pour Maëlle l’essentiel réside dans la capacité de ces communautés à s’approprier des ressources libres, à les faire évoluer, à contribuer à leur enrichissement. Au sein de PiNG des individus se mettent en action pour produire des ressources partageables (outils numériques et physiques mais également connaissances et œuvres d’art), pour contribuer à leur entretien.

“En tant qu’association d’éducation populaire, ce qui nous semble essentiel, c’est de pouvoir garantir les conditions nécessaires à la contribution de chacun aux communs : le cadre, les ressources et l’opportunité. Cela se matérialise par l’organisation de temps ouverts à tous : open ateliers, summer labs, formations, moments d’échanges, libre expérimentation…” 

Maëlle Vimont, chargée de projet à PiNG

Pour aller plus loin : 

Comment les tiers-lieux développent et entretiennent les communs dont ils ont besoin ? 

La Compagnie des Tiers-Lieux est le réseau régional de tiers-lieux dans les Hauts-de-France, son objectif est de soutenir l’émergence, la consolidation et le développement de communautés qui veulent faire tiers-lieux. C’est dans ce cadre-là que La Compagnie des Tiers-Lieux a entamé un travail de développement des ressources partagées qui sont utiles aux communautés des tiers-lieux. Les amenant très vite à s’interroger sur la manière d’aider les travailleurs de ces ressources, ceux qui les entretiennent. 

Pour ce faire, ils ont engagé une démarche entrepreneuriale au service du développement de ces ces communs et portent l’animation d’une dynamique contributive pour les entretenir et les gérer. La Compagnie des Tiers-Lieux s’emploie donc à aller chercher des contributeurs et des ressources, notamment financières, pour le développement de ces communs. C’est le cas par exemple avec l’organisation des résidences contributives à Movilab, tous les premiers lundi du mois, et avec l’organisation de l’événement Ressources & Vous qui a permis en novembre de réunir une vingtaine de tiers-lieux pour contribuer à 10 communs utiles aux tiers-lieux (DOKOS, Movilab, CoopCircuits, Hubl, Cahier d’activités des tiers-lieux…).

“Ce qui est intéressant ce n’est pas juste la mise en partage, il ne suffit pas de rendre la ressource accessible. Il se crée peu de valeurs autour d’une simple ressource mise en partage. Il y a besoin d’un noyau chargé de la gestion, ce sont ceux qui contribuent plus spécifiquement à l’organisation du commun, qui garantissent la qualité de la ressource et la qualité des services produits à partir des ressources. Beaucoup de gens pensent que s’ils contribuent au commun, ils aident l’organisation du commun mais ce n’est pas nécessairement le cas. 

Aujourd’hui il y a encore trop peu d’investissement sur ces entrepreneurs des communs. Pourtant c’est un enjeu essentiel si on veut pérenniser ces démarches de communs.”

Benoît de Haas, de la Compagnie des Tiers-Lieux 

Pour aller plus loin :

Les fablabs, révélateurs du potentiel d’innovation des communs

Les communs sont essentiels dans la diffusion des savoirs entre fablabs. Tout ce qui est produit en fablab est documenté et circule librement au sein de la communauté des fablabs et des makers. La culture libre et open source est au cœur du fonctionnement des fablabs. Les fablabs sont des espaces de production de contenus ouverts, mis à disposition de tous (savoirs, objets, logiciels…). Ce sont également des espaces de montée en compétences où la formation entre pairs permet l’appropriation des outils numériques. Cette médiation numérique permet à des citoyens qui n’ont jamais entendu parler de communs numériques de découvrir ces notions et ces pratiques. 

Constance Garnier a partagé l’exemple d’Open Space Maker, association qui met en lien les fablabs et le Centre National d’Etudes Spatiales pour faire émerger un écosystème de collaboration en open source autour de la fabrication de matériel spatial. Le projet Fédération Open Space Maker s’adresse aux fablabs, makerspaces, hackerspaces et autres lieux de mise à disposition d’outils de fabrication collaborative, ainsi qu’au grand public qui a envie de contribuer directement à la création des infrastructures open source pour relever des défis sociétaux comme la protection de notre planète, pour permettre à l’humanité de vivre un jour dans l’espace ou tout simplement pour donner forme à ses rêves.

“L’idée des fablabs est de créer un réseau de laboratoires locaux qui permettent l’autonomisation des populations pour produire, en proximité, des solutions qui répondent à des besoins collectifs et personnels. En répondant à des besoins spécifiques, il y a de grandes chances que cette production soit pertinente ailleurs à condition de diffuser l’information, de rendre facilement récupérable cette production et de permettre son amélioration. C’est cette logique de recherche et développement ouverte qui a permis aux fablabs de répondre en urgence aux besoins de matériel médical au début de la crise sanitaire.”

Constance Garnier, chercheuse, membre du Conseil Scientifique du Réseau Français des Fablabs

Pour en savoir plus :

Quand les tiers-lieux fabriquent du matériel pédagogique en communs

L’association Tiers-Lieux Edu a lancé en 2019, en partenariat avec France Tiers-Lieux, le Réseau Français des Fablabs et le ReFFAO (Réseau Francophone des Fablabs d’Afrique de l’Ouest), la démarche “Je fabrique mon matériel pédagogique”. Après une première semaine d’expérimentation qui s’est tenue en novembre 2019, l’événement reprend en janvier 2020. L’événement invite toutes celles et ceux qui le souhaitent (enseignants, élèves, parents, éducateurs, etc.) à venir dans le fablab de leur choix pour apprendre à fabriquer ensemble du matériel pédagogique. L’objectif est de faire découvrir aux professeurs du premier et du second degré les technologies numériques des tiers-lieux éducatifs, en leur permettant de vivre une expérience de pédagogie “maker” et d’en comprendre les enjeux. 

Avec l’aide de L’Atelier des Chercheurs, collectif de designers engagés dans la création d’outils libres pour l’apprentissage, Tiers-Lieux Edu a mis en place la plateforme FabriqueEdu qui regroupe les différentes réalisations proposées par la communauté (outils, équipements, matériels & astuces), avec leur documentation open source – donc librement appropriable et reproductible. N’importe qui peut donc proposer une nouvelle réalisation ou consulter le matériel déjà réalisé, l’améliorer et le reproduire dans son tiers-lieu, dans sa classe, chez lui…

“On veut que les enseignants s’emparent des modes de faire et des techniques des makers, qu’ils puissent innover dans leur approche pédagogique. Cela participe aussi à transmettre le goût du faire ensemble aux élèves. La première expérimentation de l’événement “Je fabrique mon matériel pédagogique” a créé des rapprochements inédits, des enseignants ont rejoint la communauté des makers, cela a permis de faire rentrer des enseignants dans ces formes d’apprentissage par le faire tout en fabriquant leurs propres outils pédagogiques.”

Catherine Villeret, membre de l’association Tiers-Lieux Edu 

Pour aller plus loin : 

Ce que plateformes coopératives et tiers-lieux peuvent s’apporter

En octobre 2020, la Coop des Communs, soutenue par la Banque des Territoires, a publié le rapport des Plateformes en Communs : “Plateformes coopératives : des infrastructures territoriales de coopération”. Alexandre Bigot-Verdier, rédacteur du rapport, est également très impliqué dans les tiers-lieux des Hauts-de-France : acteur du Pop Café, tiers-lieu d’inclusion numérique labellisé Fabrique de Territoire à Lille, et contributeur au réseau régional La Compagnie des Tiers-Lieux. Dans le rapport il montre comment les plateformes coopératives constituent de véritables communs numériques par la spécificité de leurs modèles économiques et juridiques, qui permettent une plus grande démocratie et la propriété partagée entre tous les acteurs qu’elles impactent.

Le rapport met ainsi en lumière, dans un contexte d’ubérisation des services marchands, mais aussi des moyens de solidarité, la manière dont ces plateformes coopératives deviennent des infrastructures numériques territoriales essentielles, incarnant un intérêt collectif entre citoyens et territoires. La deuxième recommandation du rapport porte la nécessité de “Concevoir des stratégies d’alliances avec les autres acteurs œuvrant vers une transition écologique et solidaire” parmi lesquels les tiers-lieux figurent en bonne place. 

“Il est urgent que ces plateformes collaboratives se développent partout, pour ce faire on a besoin d’assurer la solidarité entre elles et que les acteurs locaux soient des partenaires de ces plateformes ? C’est là que les tiers-lieux ont un rôle important, en tant que catalyseurs de coopérations, lieu de sensibilisation aux outils libres et open source ou encore animateurs de communautés locales engagées. Par exemple pendant le confinement, avec la Compagnie des Tiers-lieux on a accompagné les tiers-lieux de la région dans l’utilisation de l’outil CoopCircuits afin de fournir aux usagers des tiers-lieux un moyen éthique de s’approvisionner en produits maraîchers cultivés sur leur territoire.”

Alexandre Bigot-Verdier, contributeur de la Coop des Communs, contributeur de la Compagnie des Tiers-Lieux

Pour aller plus loin :

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